Fermeture de la sucrerie de Cagny : 74 emplois supprimés !

Fermeture de la sucrerie de Cagny : 74 emplois supprimés !

10 mai 2019 0 Par admin

C’est le 14 février dernier, le jour de la Saint-Valentin, que le groupe Saint-Louis Sucre a choisi pour annoncer la fermeture de deux de ses quatre sucreries françaises en 2020. La fin ironique d’une lune de miel de presque 20 ans commencée en 2001 lors du rachat de la firme par l’industriel allemand Südzucker.

4 sites impactés par les annonces de Saint-Louis Sucre

Lors d’un comité central d’entreprise, au siège du groupe au Parc du Millénaire à Paris, le groupe a présenté son projet de restructuration en France, le justifiant par la surproduction et la chute des prix :

« Ce projet répond à la nécessité de s’adapter à la nouvelle donne du marché du sucre : libéralisation du marché européen depuis le 1er octobre 2017 avec suppression des quotas, surproduction à l’échelle mondiale, et chute des prix sans précédents sur les marchés mondiaux et européens. Il s’inscrit dans un contexte de pertes de la branche sucre du groupe Südzucker, l’amenant à devoir adapter ses capacités de production à la demande du marché européen ».

Communiqué de presse Südzucker, 14 février 2019

Les deux sucreries concernées par le projet sont celles de Cagny -84 salariés selon le groupe-, et d’Eppeville dans la Somme -132 salariés selon la direction-. A ces deux sites s’ajoutent par ricochet l’usine de conditionnement de Marseille -58 salariés- et les entrepôts de stockage d’Aulnois-sous-Laon dans l’Aisne.

Il est vrai que la filière connaît une crise sans précédent : les groupes sucriers européens ont, depuis 2016, augmenté la production de 25 à 30%, amenant mécaniquement à une saturation du marché et à une baisse des prix vertigineuse. Aujourd’hui, Südzucker souhaite réduire sa production de sucre de 700 000 tonnes en Europe. Les sucreries de Cagny et d’Eppeville ayant des capacités respectives de 180 000 et environ 3000 000 tonnes à l’année, ce sont 500 000 tonnes de moins en France, soit à peu près 10% du total national.

L’industriel allemand a donc décidé de faire porter 70% des efforts sur les sites français, les 30% restants concernant les usines situées en Allemagne.

Fermetures, reconversions, licenciements

Les premières informations qui ont filtré au mois de février ont révélé des destins différents : à Cagny comme à Eppeville ce sont deux fermetures sèches dont il était question, avec un maintien hypothétique de seulement 8 salariés sur 84 à Cagny et de 10 salariés sur 132 à Eppeville, le groupe Saint-Louis ayant annoncé un changement de type d’activité vers le stockage de produits. Cependant, si à Eppeville les 122 salariés restants voyaient leur emploi maintenu sous condition (ils étaient priés de rejoindre une autre sucrerie du groupe située à Roye, distante de 25 kilomètres), à Cagny c’étaient 76 emplois fixes qui devaient être purement et simplement supprimés.

Quant aux deux sites de Marseille et d’Aulnois-sous-Laon, les annonces étaient tout aussi désastreuses : à Marseille, seuls 5 emplois sur 58 devaient être maintenus, conséquence du recentrage de l’activité sur la production de sucre liquide. A Aulnois, le site de stockage étant directement impacté par la reconversion de la sucrerie d’Eppeville, devait cesser toute activité.

Une mobilisation rapide et importante qui ne faiblit pas

A Cagny, la mobilisation a été rapide et efficace : dès le 22 février, une semaine après les annonces, ce sont environ 500 personnes qui se sont retrouvées afin de dénoncer la fermeture de la sucrerie. Planteurs, salariés syndicats, membres de la Confédération Générale des planteurs de Betteraves et élus se sont retrouvés pour une manifestation organisée en un jour et demi, juste avant que le groupe Südzucker ne réunisse, le 25 février, son conseil exécutif, dont la mission était d’étudier le plan de restructuration. Un avertissement mais aussi une demande de dialogue avec l’industriel.

Patrick Dechaufour, président du Syndicat Betteravier Calvados-Sarthe-Orne, s’est alors félicité « de l’action des femmes et hommes politiques comme les députés Alain Tourré, Sébastien Leclerc et Laurence Dumont qui ont lancé l’alerte au niveau national ». Laurence Dumont, députée de notre circonscription, a par ailleurs sensibilisé les mairies et les particuliers en relayant une pétition, disponible en ligne ou sur papier et a interpelé le 5 mars le gouvernement lors d’une séance de questions dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale et demandé l’ouverture d’une négociation entre le gouvernement et le groupe Südzucker en vue de la reprise du site de Cagny.

Ce même jour, les salariés de la sucrerie ont reçu le soutien de Didier Guillaume, ministre de l’agriculture, lequel a jugé inadmissible cette décision de fermeture de trois sites et demandé des comptes à Südzucker.

Pour Cagny comme pour les autres, un combat à mener

Le mardi 12 mars, 250 manifestants se sont rendus par bus à Mannheim, à l’ouest de l’Allemagne, au siège de Südzucker, à l’occasion de la rencontre entre direction d’une part et syndicats et élus d’autre part. Une réunion qui n’a abouti qu’à un constat de blocage, le groupe refusant d’infléchir sa position. Les syndicats estiment désormais qu’en maintenant une poignée d’employés sur les trois sites français visés par le plan de restructuration, le groupe allemand joue la montre en empêchant la mise en place d’un processus de recherche de repreneurs.

Enfin, début avril, le groupe a finalement communiqué lors d’un nouveau comité social d’entreprise sur ses objectifs et donné des chiffres précis, très proches de ceux qui étaient pressentis deux mois auparavant : 74 suppressions de postes à Cagny, 53 à Marseille, maintien de 46 postes à Eppeville et transfert de 76 autres à Roye. Bien entendu, en cas de refus du transfert, c’est un processus de licenciement qui sera lancé.

Des conséquences plus larges qu’annoncées

Au-delà des emplois directs occupés par les salariés à l’année du groupe, il ne faut pas oublier les autres personnes et structures qui se trouvent touchées par le plan de Saint-Louis et sa maison-mère. Les salariés temporaires ou saisonniers, dont on dit qu’ils seraient plusieurs centaines, les betteraviers et ceux qui travaillent pour ou avec eux subissent aussi les conséquences de la décision de Südzucker.

Aujourd’hui, la mobilisation continue et les représentants de la Confédération Générale des planteurs de Betterave (CGB) vont présenter le 15 mai prochain un projet de reprise de la sucrerie de Cagny aux dirigeants de Südzucker à Strasbourg. Nous leur adressons tous nos voeux de réussite.

Pour aller plus loin :